L’Afrique s’arrime à la prévention des catastrophes météorologiques - Africa Green Magazine

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L’Afrique s’arrime à la prévention des catastrophes météorologiques

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L’Afrique s’arrime à la prévention des catastrophes météorologiques


Prévenir les habitants d’une région donnée quelques heures seulement avant la survenue d’une catastrophe majeure d’origine météorologique afin qu’ils prennent rapidement des mesures préventives. Cela est désormais possible en Afrique subsaharienne grâce à une technologie appelée Nowcasting[1].

Cette technique a été développée par une équipe de plus de 100 scientifiques africains et britanniques dans le cadre du programme African Swift (African Science for Weather Information and Forecasting Techniques)[2] qui vise à créer l'infrastructure nécessaire à l'amélioration des prévisions météorologiques sur le continent.

« L'essence de Nowcasting est de dire à l'utilisateur qu'il y a un danger près de lui et de lui parler du comportement de ce danger. Et l’utilisateur a quelques heures ou minutes pour se protéger » explique Doug Parker, professeur de météorologie à l’université de Leeds au Royaume-Uni et l’un des principaux responsables du programme. 

Cet outil, en rendant efficientes les alertes précoces, pourra réduire significativement la vulnérabilité du continent
Simplice Tchinda Tazo, météorologue, ministère des Transports, Cameroun

Par exemple, si c'est le jour du marché dans une certaine ville, les populations peuvent recevoir un message indiquant qu'il y a une tempête majeure qui se déplace dans leur direction. Ensuite, les habitants et les commerçants peuvent déterminer eux-mêmes les mesures à prendre pour protéger leurs marchandises.

Bien que Nowcasting soit déjà connue ailleurs dans le monde, par exemple aux Etats-Unis, elle est inédite en Afrique subsaharienne, à l’exclusion de l’Afrique du Sud. Elle se sert d’un outil développé par le NWCSAF[3] Group européen pour l’utilisation optimale des données de satellites météorologiques.

« En l’absence de cet outil, les prévisionnistes qui sont des diffuseurs immédiats peuvent déjà regarder des images satellites, mais il peut leur être très difficile de localiser exactement où le mauvais temps se produit », indique Doug Parker.

Selon le chercheur anglais, tous les Africains, y compris les prévisionnistes, peuvent accéder librement aux données, même à travers un smartphone. « Mais, l'interprétation des données nécessite un peu d'expertise ou de savoir-faire », précise le météorologue.

Ayant justement pris connaissance de cette technique, Simplice Tchinda Tazo, directeur de la Météorologie nationale au ministère des Transports du Cameroun estime qu’elle « revêt un caractère hautement important dans le contexte actuel marqué par la recrudescence des catastrophes naturelles d’origine météorologique »

« C’est dire si cet outil, en rendant efficientes les alertes précoces, pourra réduire significativement la vulnérabilité du continent », ajoute ce dernier.

Images satellitaires

Simplice Tchinda Tazo a cependant une appréhension : « Les images satellitaires sont collectées de l’espace et peuvent être moins fiables que les données relevées sur site », dit-il tout en reconnaissant que la qualité des données issues des technologies spatiales s’est « considérablement améliorée » ces dernières années.

C’est une inquiétude que partage John Selker, professeur à l’université d’Etat de l’Oregon (Etats-Unis) et codirecteur de TAHMO[4] qui affirme que « les images satellitaires sont très grossières et ne correspondent pas exactement aux précipitations. Ces données doivent être rapprochées aux observations au sol ».

« La vue depuis l'espace est bonne, mais la confirmation sur le terrain est essentielle pour maintenir la confiance du public dans le produit », insiste l’universitaire.

Mais, le programme African SWIFT fait savoir que les satellites qu’il utilise sont situés juste au-dessus de l'Afrique et ont une très bonne couverture et résolution. « Plus important encore, ces outils NWCSAF montrent très clairement l'emplacement des tempêtes, permettant à un prévisionniste d'être précis quant à l'émission d'avertissements à une ville ou à un utilisateur particulier », se défend Doug Parker.

Pour autant, Simplice Tchinda Tazo croit savoir les défis à relever pour tirer profit de cette technique : « plusieurs services météorologiques en Afrique ne disposent pas d’outils performants pour produire des alertes précoces. La formation des professionnels de la météorologie à l’utilisation de cet outil est également un enjeu à ne pas négliger », dit-il.

Financements

Doug Parker reconnaît que l’implémentation de Nowcasting a un coût. A l’en croire, un radar météo qui coûte environ un million de dollars et nécessite des millions d'investissements supplémentaires pour fonctionner, ne couvre qu'un rayon d'environ 250 km. Il en faudrait donc des centaines pour couvrir efficacement l'Afrique tropicale.

Face à ce défi, John Selker pense que « le continent devrait commencer à agir comme une unité géographique, en construisant des services climatologiques efficaces à l'échelle régionale et en recherchant les ressources pour maintenir ces équipements ».

Dans le même temps, les promoteurs de Nowcasting disent espérer que les agences internationales soutiendront la formation des prévisionnistes à l'utilisation de ces produits tout en s’efforçant de les rendre « plus facilement accessibles au public sur les smartphones ».

Doug Parker appelle enfin le secteur privé à participer au financement de ces services. Etant donné, dit-il, que les alertes de Nowcasting qui sauveront des vies et réduiront les pertes seront un facteur d'investissement et de réduction des risques économiques.

Références

[1] Prévision immédiate
[2] La science africaine pour les informations météorologiques et les techniques de prévision
[3] Nowcasting Satellite Application Facilities (Applications satellitaires pour la prévision immédiate)
[4] Trans-African HydroMeteorological Observatory (Observatoire hydro-météorologique transafricain)

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